— Les acteurs de l’immobilier, nouveaux héros de l’économie circulaire —

Faire mieux avec moins, tel est le credo de l’économie circulaire, ou comment transformer les déchets en ressources.

 

Avec la participation de :
  • Ramon ARRATIA, directeur du développement durable Europe INTERFACE
  • Nicola DELON, architecte, cofondateur et associé ENCORE HEUREUX ARCHITECTES
  • Philippe DEPOUX, directeur général GECINA
  • Aude-Line DULIERE,  collaboratrice ROTOR
Débats animés par :
    • Sébastien DELPONT, directeur associé Greenflex

 

Le principe de l’économie circulaire, thème de la table ronde organisée le 22 novembre par le laboratoire de réflexion prospective sur l’innovation Gecina Lab, pourrait se résumer à la métaphore du dentifrice évoquée par Nicola Delon, cofondateur de l’agence Encore Heureux : « On ne comprend qu’à la fin du tube qu’on pouvait en utiliser moins dès le début !  »

Faire mieux avec moins, tel est en effet le credo de cette économie fondée sur un constat : dans la nature, tout est réutilisé. Face à l’augmentation pléthorique de nos déchets depuis cinquante ans, comment les transformer en ressources ? L’enjeu est crucial pour les acteurs de l’immobilier, le secteur générant à lui seul 70 % des 345 millions de tonnes de déchets produites chaque année en France, lesquels finissent pour la plupart incinérés ou enfouis dans le sol.

Or, nous faisons face à une « grande accélération« , alerte Ramon Arratia, directeur du développement durable Europe d’Interface. « Les produits intérieurs bruts augmentent, la population augmente, les températures augmentent. D’ici à 2030, nous aurons besoin de 35 % nourriture, de 40 % d’eau et de 50 % d’énergie en plus. »

Ramon Arratia, Interface-Gecina Lab-économie circulaire

L’économie circulaire, une boucle vertueuse

À la différence du modèle qui prévalait jusqu’alors, l’économie circulaire est une boucle vertueuse qui repose sur l’écoconception. Le cycle technologique s’inspire du cycle biologique. On réduit l’impact négatif en réparant plutôt qu’en remplaçant. « Mais cela va bien au-delà du recyclage, poursuit Ramon Arratia. Par exemple, les plaques de moquette conçues par Interface sont modulaires, faciles à poser et à désassembler. Elles génèrent beaucoup moins de chutes que les moquettes en rouleaux et ne nécessitent pas de colle, mais juste de petits points de fixation. »

La démarche d’économie circulaire doit aussi prendre en compte la longévité des produits, faire émerger de nouveaux services et de nouveaux business models, voire un nouveau système de pensée.

Au-delà d’un impact réduit sur l’environnement, elle peut même conduire à la création de valeur. Certaines moquettes sont ainsi conçues pour purifier l’air. « Notre projet Net-Works®  a permis de remplacer le latex dans notre précouche de moquette par une fibre de polyamide issue de filets de pêche usagés. Nous opérons aux Philippines via une ONG et cela procure un revenu complémentaire aux pêcheurs, se félicite Ramon Arratia. Il en va de même avec la récupération du PVB, un matériau plastique qui protège les vitres de voitures des fissures, que nous exploitons comme substitut du latex. »

La mémoire de la matière

« Les bâtiments qui nous entourent sont les gisements de demain« , estime pour sa part l’architecte Nicolas Delon, qui prône le réemploi des matériaux dans ce qu’il nomme le mix matériautique : « On maximise les matériaux biosourcés, les matériaux de réemploi, et dans une moindre mesure les matériaux recyclés, qui ont parfois perdu certaines qualités ; et on minimise surtout les matériaux fossiles. »

Lors de la COP21, l’agence Encore heureux a ainsi conçu le Pavillon de l’Arsenal selon les principes de l’économie circulaire, avec 80 % de matériaux issus de chantiers de démolition. « Sans être dans une “architecture de la poubelle”, il y a un attachement à l’histoire de la matière et à ce qu’elle porte. On vend du faux vieux alors qu’on jette des planchers usagers !« , remarque Nicolas Delon, évoquant un « BIM* circulation des matières ».

Lauréate d’un concours de 150 logements dans le 19e arrondissement de Paris, son agence n’a pas hésité à conserver la moitié d’un parking pour le convertir en logements plutôt que de le casser…

Méthodologie du réemploi

Chez Rotor, spécialiste belge de la déconstruction, Aude-Line Dulière regrette que beaucoup de matériaux ne soient voués à la déchèterie bien avant la fin de leur cycle de vie. « Le détournement des matériaux suppose un démantèlement soigneux avant la déconstruction. Notre travail consiste à observer, à remarquer un vieux carrelage qu’on ne regarde plus. Nous avons ainsi créé une typologie des objets ayant une propension au réemploi dans un immeuble standard. »

Aude-Line Dulière, société Rotor-économie circulaire

Et d’insister sur la nécessité de créer la demande sur les matériaux extraits. « Pour rapprocher les demandeurs des matériaux de réemploi, nous avons géolocalisé sur une carte les distributeurs de matériaux réemployables en Belgique et créé notre propre boutique en ligne : Rotor Shop. »

Assistant à la maîtrise d’ouvrage dans la caserne de Reuilly (Paris Habitat), Rotor a procédé à l’inventaire de l’existant en prédémolition, lequel indique le niveau de toxicité des matériaux, la difficulté de démantèlement… Au final, une liste des matériaux retenus est éditée, qui précise leur poids.

L’économie circulaire, une innovation constructive et méthodologique

« Chez Gecina, nous nous impliquons dans l’économie circulaire par actions successives, admet Philippe Depoux, directeur général, notamment via l’analyse des cycles de vie de nos immeubles, l’objectif étant d’atteindre une neutralité carbone d’ici à 2030. Nous avons d’ores et déjà utilisé une structure en bois lors de la réhabilitation d’ immeubles tertiaires en HQE® et BBC, à Neuilly. Au 55 rue d’Amsterdam, à Paris, 12 % de matériaux recyclés on été réintégrés à l’immeuble. Si la restructuration est à privilégier a priori, il faut toutefois s’assurer que le bilan global soit le plus vertueux. »

Philippe Depoux, DG Gecina-économie circulaire

À la remarque d’un auditeur, Jean-Luc Potier, président d’Amstrime, sur le fait que les cloisons étaient souvent détruites au bout de trois ans… pour être finalement reconstruites, les intervenants plaident de concert pour une sensibilisation et une approche à petits pas. « Cette démarche cristallise un processus de société … Il faut se concentrer sur des objectifs raisonnables et avoir de la souplesse avec les équipes », conseille Aude-Line Dulière, de Rotor. « C’est une innovation constructive, méthodologique, qui nécessite des investissements au départ, estime de son côté Nicola Delon. L’augmentation des prix des matériaux va accélérer cette nécessité. Nous procédons à une analyse fine, qui prend notamment en compte la reterritorialisation des emplois. » « À prix égal, on peut injecter des matériaux plus nobles« , confirme Aude-Line Dulière, pour qui l’investissement est surtout d’ordre organisationnel.

« Intégrer les éléments d’économie circulaire dans les certifications pourrait encourager cette démarche« , conclut Philippe Depoux, directeur général de Gecina. Après le chantier de la performance énergétique, l’économie circulaire peut convaincre à son tour grâce à l’efficacité ressources. Ce n’est plus un vœu pieux, mais une économie comme une autre à embarquer dans toute la filière. »

* Modélisation des données du bâtiment.

 

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