— L’immobilier a la main verte ! —

Comment la pierre peut-elle devenir un terreau fertile pour l’agriculture urbaine ?

Avec la participation de :

  • Pénélope KOMITES – Adjointe à la Mairie de Paris, chargée des espaces verts, de la nature , de la biodiversité et des affaires funéraires
  • Loïc HERVÉ – Directeur du patrimoine immobilier // Gecina
  • Vincent BARALE – Directeur supply chain // Louis Vuitton
  • Xavier LAUREAU – Agriculteur, directeur général // Les Fermes de Gally
    Et aussi :
  • Virginie DULUCQ – Fondatrice et directrice d’UrbAgri
  • Yann FRADIN – Directeur général d’Espaces
  • Yohan HUBERT – Directeur R&D de « Sous Les Fraises »

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L’immobilier a la main verte !

La pierre est-elle un terreau fertile pour l’agriculture urbaine ? Laboratoire de réflexion prospective sur l’innovation, Gecina Lab s’est mis au vert le 2 juin dernier en organisant une table ronde sur cette thématique dans un lieu pour le moins propice, l’exposition « Jardins, Jardin » aux Tuileries, et dans le cadre de la Semaine européenne du Développement durable.

Dressant un panorama mondial réjouissant des « fermes verticales », toitures végétalisées et autres potagers gratte-ciel, Marie Dehaene, consultante en agriculture urbaine, a confirmé l’éclosion de nombreux projets innovants ces cinq dernières années, et ce sur des bâtis aussi variés que des hôtels de luxe, des entrepôts désaffectés, des immeubles d’entreprises, des copropriétés ou des supermarchés. « Ce mouvement mondial qui concerne tous les secteurs de l’immobilier connaît une évolution très rapide caractérisée par sa diversité, aussi bien dans la forme des projets, que dans les acteurs impliqués, les soutiens, la législation et les business modèles », constate Marie Dehaene.

« Objectif 100 hectares » végétalisés dans Paris

Sélecion 1« À Paris, ville dense à la pression foncière importante, la maire souhaite qu’on atteigne l’objectif ambitieux d’une centaine d’hectares végétalisés d’ici à 2020, dont une trentaine en agriculture urbaine », annonce Pénélope Komites », adjointe à la Mairie de Paris, chargée des espaces verts, de la nature, de la biodiversité et des affaires funéraires. « Nous avons identifié 25 hectares sur notre propre patrimoine et gardons en tête le fait que cela ne permettra pas l’autosuffisance, ironise-t-elle, mais il y a un potentiel inexploité que nous entendons valoriser en lien avec l’agriculture périurbaine de petite couronne. »

Cette volonté se concrétise à travers l’appel à projets des Parisculteurs, lancé en janvier dernier, où 47 sites représentent 5,5 ha de surface pour de la culture en pleine terre ou en bac, en hydroponie (hors sol) ou en aquaponie (en lien avec l’élevage de poissons).

« Outre cette charte « Objectif 100 hectares », il y a un troisième gisement important, celui des copropriétés, poursuit l’adjointe au maire. C’est plus compliqué, mais nous travaillerons en 2017 avec une dizaine d’entre elles. »

Signataire de cette charte, Gecina s’intègre pleinement dans la démarche avec des projets novateurs sur la tour Sunflower, où la toiture végétalisée par l’entreprise pionnière « Sous les fraises » alimentera le sky bar et le restaurant d’entreprise mais aussi avec l’ancien siège de Peugeot, un projet d’environ 40 000 m2 sur lequel Gecina a la ferme intention de pousser la réflexion de l’intégration du vert et de l’agriculture urbaine.

Un terreau fertile… pour l’expérimentation

« Intégrer le vert dans notre patrimoine s’intègre pleinement dans notre politique RSE », estime Loïc Hervé, directeur du patrimoine immobilier chez Gecina. « La biodiversité est au sommet des préoccupations de plus 80 000 personnes qui vivent ou travaillent sur l’ensemble nos actifs et nous savons que la biophilie active constitue un facteur de bien-être au travail. »

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La foncière figure d’ailleurs parmi les défricheurs avec les 800 m2 de jardins partagés « zéro phyto » sur la toiture-terrasse du Centre commercial Beaugrenelle, dans le 15e, animés par l’association Espaces, fondée sur la réinsertion. « C’est une façon de réinventer Paris », clame son directeur, Yann Fradin, citant par ailleurs l’exemple de Stream Building, à Clichy-Batignolles, qui prévoit du houblon en façade avec brassage de la bière produite !

Autre acteur innovant sur ce terreau fertile, UrbAgri prodigue ses conseils aux promoteurs, bailleurs sociaux, entreprises, avec des outils web de gestion des espaces. « Nous expérimentons un espace potager et viticulture avec des substrats différents sur le toit d’un immeuble tertiaire en essayant d’être autosuffisants en eau pluviale », raconte Virginie Dulucq, fondatrice et directrice d’UrbAgri.

Avec Éole, Vincent Barale, directeur supply chain et logistique chez Louis Vuitton Malletier, démontre de son côté qu’un entrepôt déjà exemplaire (HQE, ISO 14001,LEED…) peut embellir le quotidien de ses salariés, qui sont une cinquantaine à se partager le jardin potager créé autour. « La démarche était totalement altruiste et c’est un succès qui crée de l’entraide, du lien social. En plus d’un salaire, d’un métier et de responsabilités, les salariés sont à la recherche de valeurs supplémentaires comme la citoyenneté, l’aide à l’handicap et l’environnement. Outre un lieu de travail agréable, ils profitent des 800 kg de miel produits chaque année par les ruches et d’une vue sur les chèvres et les moutons qui pâturent alentour ! »

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À quand de vrais « paysages comestibles » ?

Xavier Laureau, agriculteur et directeur général des Fermes de Gally, s’amuse quant à lui que personne ne s’oppose dans la capitale à ce que d’aucuns considèrent comme un oxymore. « L’agriculture urbaine est un mot fourre-tout qui ne doit en aucun cas s’opposer à l’agriculture traditionnelle », prévient-il, déplorant le déclin accéléré de l’agriculture périurbaine. « En 1950, le maraîchage en Ile-de-France assurait 46 % de l’approvisionnement en fruits et légumes de la capitale, contre 2 % aujourd’hui… »

Il met en garde sur le modèle économique et la rentabilité, « difficile à trouver ». Pour passer de l’effet de mode, nécessaire, à une tendance de fond, il faut, selon lui, « coconstruire avec les acteurs agricoles et redynamiser l’agriculteur périurbaine ». Pour être pérennes, ces « paysages comestibles » doivent être « conçus avec des acteurs biens formés et des budgets de maintenance modestes inscrits durablement ».

Alors seulement ces « pauses fertiles » s’inscriront dans un écosystème urbain vertueux, où leur valeur ajoutée sur le lien social et la biodiversité, reste pour l’heure bien supérieure à la notion de productivité.

 

En savoir plus :
www.parisculteurs.paris
www.ferme.gally.com
www.association-espaces.org
www.urbagri.org
www.souslesfraises.com

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