— Start-ups et grands groupes, mariage ou flirt sans lendemain ? —

Les start-ups et les grands groupes trouvent de nombreux avantages réciproques à collaborer : développement rapide pour les premières, vivier de solutions innovantes pour les seconds… Ces relations peuvent-elles gagner en efficacité ?

Avec la participation de :
  • Jean-Louis Missika, conseiller de Paris, adjoint à la maire de Paris en charge de l’urbanisme, de l’architecture, des projets du Grand Paris, du développement économique et de l’attractivité.
  • Méka Brunel, directrice générale​ et administratrice​ de Gecina
Et trois start-ups issues de l’incubateur Paris & Co :
Débats animés par :

Gaël Thomas, directeur de la rédaction Business Immo.

Start-ups et grands groupes-Gecina Lab

 

Comment faire des relations entre start-ups et grands groupes le terreau fertile d’une création de valeur ? Tel était l’objet de la table ronde organisée le 15 mars 2017 par le Gecina Lab lors du MIPIM, à Cannes.

Les échanges se sont ouverts sur le rôle de Paris dans l’incubation des start-ups. « Avec l’incubateur Paris & Co, nous avons, dès 2008, constitué un programme ambitieux d’investissements pour faire de Paris un hub mondial de l’économie de l’innovation et un vrai terrain d’expérimentation », se félicite Jean-Louis Missika, conseiller de Paris, adjoint à la maire de Paris en charge de l’urbanisme, de l’architecture, des projets du Grand Paris, du développement économique et de l’attractivité. « Nous avons permis aux jeunes talents de se faire connaître en facilitant l’accès aux immeubles de bureaux et à des outils d’accompagnement. Progressivement, un écosystème s’est développé, jusqu’à une centaine d’expérimentations simultanées sur le territoire parisien. Les grands groupes se sont aperçus que cet écosystème pouvait leur fournir des partenaires extrêmement intéressants dans la mesure où il s’agit d’une innovation de rupture : la concurrence peut venir de n’importe où. D’où le développement du concept d’innovation ouverte, qui permet d’avoir un partenariat entre grands comptes et start-ups. »

Selon lui, le financement évolue, avec des levées de fonds aussi spectaculaires qu’à Londres ou à New York. Si Paris reste une locomotive, on peut parler de French Tech dans la mesure où des dynamiques équivalentes existent dans les grandes métropoles régionales : Lyon, Marseille, Lille, Toulouse, Nantes, Grenoble, Bordeaux…

Quel partenariat entre start-ups et grands comptes ?

Paris & Co est pionnier dans la compréhension du partenariat entre start-ups et grands comptes. « Bien avant Londres ou Berlin, nous avons lancé à Paris un club d’innovation qui compte aujourd’hui plus de 70 grands comptes en lien permanent avec les start-ups parisiennes, poursuit Jean-Louis Missika. Nous avons aussi déployé des incubateurs, accélérateurs et plateformes d’innovation avec des grands comptes comme Renault, SNCF, Engie, Air Liquide, JC Decaux… Puis nous avons instauré des incubateurs thématiques comme le Welcome City Lab dans les tours Gamma, le premier du monde dédié à l’innovation touristique, qui a mobilisé Air France, Aéroports de Paris, les Galeries Lafayette… Nous avons aussi créé le premier incubateur spécialisé dans le sport avec le Tremplin, rejoint par la Française des Jeux, le PSG… Il y en a plus d’une dizaine désormais, notamment dans le « fooding » avec des partenaires comme Elior. C’est presque devenu une collaboration naturelle. »

Méka Brunel, Gecina Lab, et Jean-Louis Missika, mairie de Paris

Quelles attentes en terme de création de valeur ?

« L’immobilier n’est pas déconnecté de cette économie globalisée, estime pour sa part Méka Brunel, directrice générale de Gecina. Avec nos immeubles, nous mettons des outils de travail à disposition des entreprises, des familles… Ce nouveau type de partenariat s’apparente en quelque sorte à une équipe R & D externalisée. Pouvoir nous appuyer sur cette inventivité qui remet en cause notre fonctionnement nous fait progresser ; c’est pour cela que Gecina Lab existe et que nous encourageons ce genre d’initiatives. »

Quel intérêt pour les start-ups de s’allier avec ces grands groupes ? Pour Vincent Bryant, président de Deepki, il existe un véritable service public d’aide à la création de valeur grâce un accompagnement quotidien. « Cela nous a permis de rencontrer des grands groupes comme Sodexo, Gecina, Nexity… C’est la combinaison de forces différentes – en l’occurrence grands groupes et entreprises agiles – qui crée de la valeur. »

Chez Hub-Grade, une société lyonnaise de location de bureaux créée il y a dix-huit mois, de nombreux sujets d’expérimentation sont en cours avec Gecina, Postimmo, Legrand. « Notre propre vision se confronte à la réalité du marché grâce à ces grands groupes« , constate Brieuc Oger, son fondateur.

Sacha Boyer, cofondateur chez MyNotary, remercie Paris & Co de leur avoir permis de rencontrer cinq des plus gros promoteurs français. « Une start-up a envie de repenser les systèmes qui existent, de les simplifier. Rencontrer les grands groupes crédibilise notre créativité. »

Vincent Bryant, Deepki ; Brieuc Oger, Hub-Grade ; Sacha Boyer, MyNotary.

À la différence de la Silicon Valley, qui reste un système fermé, la nouvelle économie créée à Paris, et plus largement en France, collabore avec l’ancienne économie dans un climat de confiance là où perdure une méfiance naturelle entre start-ups et grands groupes, considère Jean-Louis Missika. « On doit désormais construire des plateformes et des campus d’innovation comme la Station F, où il y aura non seulement des start-ups, mais aussi des services pour ces start-ups et des grands comptes. Ces derniers sont de plus nombreux à demander des espaces dans ces lieux pour faire travailler certaines de leurs équipes en mode start-up. L’immobilier de bureau de demain mélangera tout cela avec des objets architecturaux nouveaux. »

Pour autant, y a-t-il des freins à ces collaborations ? « Ils sont liés avant tout à un modèle de croissance, estime Méka Brunel. C’est pourquoi il est important d’accompagner cette dynamique avec un tissu de PME durables à combiner avec l’enseignement et la formation. C’est un challenge pour toutes les parties prenantes que d’avoir un modèle pérenne. La création d’emplois en dépend. »

Le rapport au temps est résolument différent entre start-ups et grands groupes. « Même si la collaboration avec un grand compte accélère notre business, les rendez-vous nécessaires pour amorcer ce travail et avancer concrètement sont nombreux, voire compliqués, regrette-t-on chez Deepki : un à trois rendez-vous avec une PME contre sept à douze avec une société du CAC 40 ! Les grands groupes ont par ailleurs souvent le réflexe de nous comparer aux autres acteurs du marché en lançant des appels d’offres qui s’étalent bien souvent sur six mois… Enfin, d’un point de vue juridique, les garanties illimitées qu’imposent les CGV peuvent s’avérer rédhibitoires… »

Même constat chez Hub-Grade : « Certains partenariats sont longs à mettre en place avant de porter concrètement leurs fruits et de payer les salaires de nos équipes. »

Chez MyNotary, une plateforme collaborative génère différents types de contrats et impose un parcours collaboratif. « Par exemple, un promoteur a réuni pour la première fois les différents acteurs de la vente qui travaillaient jusqu’ici chacun dans leur compartiment, explique Sacha Boyer. C’est plutôt une bonne chose pour les grands groupes que de se réinventer dans ce sens-là. Quand on parle de start-up on pense aussi aux DSI internes qui ont souvent un planning très chargé. Il faut tendre à fluidifier tout cela. »

« Il est indispensable que les dirigeants s’impliquent pour que le collaboratif s’installe vraiment », admet Méka Brunel. Des marges de progression existent. « Grâce au concours « Réinventer Paris », nous avons créé un processus d’accélération avec les acteurs de l’immobilier en imposant une deadline, rappelle Jean-Louis Missika. À cette occasion, ces derniers ont découvert des start-ups comme « Sous les fraises » qu’ils ne connaissaient pas et avec lesquels les lauréats ont signé un contrat ! Autre exemple, Data City, qui est un partenariat de challenges urbains entre une dizaine de grands comptes et la ville de Paris. Une start-up travaille avec un grand compte sur l’un des challenges avec une production à la clé. Notre défi à l’avenir est de trouver cette méthodologie qui oblige les acteurs à collaborer de façon plus efficace. »

Les intervenants de la table ronde "Start-ups et grands groupes"-Gecina Lab

Alors, mariage ou flirt ? « Dans notre culture, le mariage est plutôt monogame, ce qui est plutôt dangereux pour une start-up, ironise Brieuc Oger, chez Hub-Grade, ce qui n’empêche pas nouer des liens forts ! »

Vincent Bryant, chez Deepki, estime quant à lui que de la diversité des collaborations naît la richesse, convaincu qu’il faut décloisonner. « Ceci est valable pour les relations entre acteurs, mais aussi dans l’apprentissage de la gestion des données issues de nombreuses sources. Les grands groupes ont souvent peur de partager ces informations, alors qu’on se dirige vers une « API-sation » où tout est connecté dans un système informatique pour plus d’efficacité. La relation réussie dans ce tissu économique passera par une « API-sation » des relations entre les partenaires. On ne raisonnera ni en flirt ni en mariage mais en relations plurielles en démultipliant les vecteurs de communication entre les uns et les autres de manière à créer de la richesse. »

Tandis que Méka Brunel conclut sur l’idée de « parrainage, voire d’adoption« , Sacha Boyer avance « le conseil du notaire » : « On doit partir sur un contrat qui n’engage personne, comme le PACS, lequel peut conduire à un mariage. « Cela implique de transformer considérablement la méthode de fonctionnement et la relation commerciale.  »

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