— Vivre le travail autrement, le grand défi du XXIe siècle ? —

Espaces de travail et mobilier novateurs, management audacieux, émergence de métiers inattendus… Un nouvel écosystème s’est créé autour de l’évolution de l’environnement de travail, qui devient un lieu de vie. Quels acteurs réinventent la vie de bureau ? Quels nouveaux modes de management accompagnent ces changements ?

Avec la participation de :
  • Méka Brunel, administratrice et directrice générale de Gecina
  • Bertrand Bailly, CEO Davidson Consulting
  • Marion Darrieutort, CEO Elan-Edelmann et vice-présidente d’Entreprises et Progrès
  • Bruno de Fromont, directeur « Workplace Inspiration » chez Steelcase
  • Isabelle de Ponfilly, directeur général de Vitra France
  • Aurélie Deudon, directrice de Secondesk (solution Gecina)
  • Séverin Naudet, directeur général France de Wework
Débats animés par :
  • Quentin Perinel, journaliste et chroniqueur au Figaro.

« Nos espaces de vie au travail se transforment profondément et cela bien au-delà des mètres carrés et du mobilier, a déclaré en préambule de la table ronde Méka Brunel, directrice générale de Gecina, qui entend accompagner cette tendance profonde de la société. Pour concevoir de l’immobilier d’entreprise, nous n’avons plus seulement besoin d’architectes, de promoteurs, il nous faut maintenant des sociologues, des spécialistes de la RSE, de l’économie circulaire… »

Méka Brunel à la table ronde Gecina sur "Le travail autrement"

Lorsque l’on considère l’évolution du monde du travail, on constate des changements majeurs depuis 170 ans, liés tantôt à des innovations dans l’architecture, les transports, la politique, l’éducation… « L’invention du stylo à cartouche, par exemple, a permis de s’affranchir de l’encrier, donc de se déplacer plus facilement dans l’entreprise, illustre Isabelle de Ponfilly, directeur général de Vitra France, comme l’arrivée des ordinateurs a eu un impact sur les sièges de travail dont le piètement a dû être équipé de cinq branches. Nous traversons une période de grands changements riche en études et en réflexions sur ces questions. »

Et de distinguer sept modèles qui cassent les codes habituels du travail :

– la tendance « Campus Community », à l’instar du campus de Facebook ou Airnb à San Francisco, où l’on fait entrer les codes de la maison dans l’entreprise ;

– l’esprit « Garage » et workshop des fondateurs de Google ;

– le Human Core, où l’on fait une place à la nature, au sport et au bien-être ;

– la transversalité, où l’on mélange des métiers et du coworking dans des bâtiments modulaires ;

– le Digital Turn, où le numérique permet une gestion des lieux de travail très fine pour orienter l’organisation ;

– le Sharing Economy, avec le partage d’espaces ou de matériel façon Wework ;

– le Social Recruting, où l’on installe les gens comme dans un réseau, par affinités sociales.

Table ronde Gecina sur "le travail autrement"

 

Réinventer la vie de bureau

Séverin Naudet, directeur général France de WeWork, leader mondial du coworking, estime pour sa part que le partage de bureaux constitue une réponse à des usages différents, à une génération qui ne veut plus du « monde du travail ». « Aujourd’hui, on ne veut plus perdre de temps dans les transports, on rejette les open spaces. On a plus envie d’être Mark Zuckenberg que fonctionnaire. Les nouvelles générations veulent donner du sens à leur vie professionnelle, voire changer le monde… Elles trouvent tout trop lent. Devenir entrepreneur est facile en France, c’est de le rester qui est difficile. »

Pour faciliter le quotidien des ses clients, WeWork propose ainsi différents services : un banquier ou une hot line, un bureau de poste et ses services dématérialisés, un juriste, un expert comptable…

« Les lieux de travail s’adaptent aux changements en cours, confirme Aurélie Deudon, directrice de Secondesk, la solution de tiers-lieu de Gecina. Les salariés ont besoin de trouver des lieux qui accompagnent une mobilité de plus en plus grande, à la demande, avec des services adaptés et des environnements conviviaux. » Mouton à cinq pattes du coworking, le « welcome manager » doit être capable de gérer le lieu, la logistique. « Il est à la fois un peu geek et community manager, on recrute une personnalité plus qu’un diplôme. »

Bruno de Fromont, directeur « Workplace Inspiration » chez Steelcase, s’amuse quant à lui de l’intitulé de sa fonction, qui laisse toujours ses interlocuteurs perplexes. « Une même personne, le même jour, aura un comportement différent dans une église ou un pub irlandais ! De même, l’espace a un impact sur les personnes qui y travaillent. Nous faisons vivre des expériences à nos grands clients et à nos collaborateurs pour qu’ils disent « waouh » et qu’ils comprennent comment l’espace peut aussi permettre d’atteindre des objectifs business, être un atout plutôt qu’un coût. »

La révolution numérique sonne-t-elle le glas de l’espace privé au travail ? « Il y a des espaces privatifs dans tous les lieux de coworking, mais le bureau comme symbole social est bel et bien révolu, estime Séverin Naudet. Celui de Mark Zuckenberg est transparent ! Une valeur importante pour la génération qui a 25 ans. S’enfermer dans des espaces est dangereux pour la compétitivité de l’entreprise. »

 

Bertrand Bailly, Davidson Consulting, table ronde Gecina

Vers une entreprise agile ?

Marion Darrieucourt, CEO Elan-Edelmann et vice-présidente d’Entreprises et Progrès, s’est heurtée à des difficultés lors de la fusion de l’agence Elan et du groupe Edelmann, réunies dans un même lieu, et ce en dépit de tables collaboratives, de flexi desks… et d’un baby-foot ! Aidée d’un coach, elle est partie six semaines en Asie l’été dernier « en laissant les clés aux collaborateurs« .

« Il faut apprendre aux patrons à se libérer, sinon les générations X e Z vont s’en charger. On a supprimé les comex et le codir au profit d’un monday meeting avec quinze personnes et trois niveaux hiérarchiques. L’information reste un pouvoir et un territoire : les comptes rendus ont donc été envoyés symboliquement aux 140 collaborateurs dès le lendemain. Il n’y a plus de titres sur les cartes de visite, on se définit par un rôle ou une contribution. »

Chez Davidson Consulting, 92 % des 2 300 collaborateurs sont heureux, en témoigne une première place au classement Great Place to Work depuis quatre ans. « Une entreprise ne fait pas le bonheur, ni le malheur, sourit Bertrand Bailly, CEO de Davidson Consulting. Ça ne veut pas dire qu’on doit séparer la vie personnelle de la vie professionnelle. Le patron doit être suffisamment empathique pour détecter les situations de souffrance personnelles et suggérer la bonne réaction. La satisfaction de nos collaborateurs repose sur une bonne hygiène managériale. Chaque mois, ils doivent répondre à quatre questions : Es-tu content ? Ton principal irritant ? L’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle est-il respecté ? Ton manager est-il assez disponible pour toi ? Je reçois les alertes en conséquence et on en discute avec le manager. »

Le turn-over s’en trouve minimisé. « Les collaborateurs restent si on leur restitue une partie de la valeur produite : c’est la réciprocité des attentions. Il faut aussi une hygiène dans la communication et la transparence des informations. »

Rompre avec la culture de l’échec

Si l’on sait apprendre d’un échec aux États-Unis et qu’on débriefe collectivement les échecs en Chine, il n’en va pas de même en France, où, selon Marion Darrieutort, le système scolaire entretient un rapport pathologique à l’échec. « Dans les entreprises, l’entretien annuel est la sanction des échecs. Il faut changer les modes managériaux pour apprendre à apprendre. » À l’ENA, les grands échecs de la nation ne sont étudiés que depuis trois ans !

« Les entrepreneurs qui interviennent dans les écoles doivent préparer les étudiants à vivre leur rêve et pas à les formater« , conseille Isabelle de Ponfilly, en réponse à une question dans la salle sur l’évolution de l’état d’esprit des travailleurs.

« Comment enseigner à des élèves des métiers qui n’existent pas encore en utilisant des techniques qui restent à inventer ?« , s’interroge Bruno de Fromont. L’aménagement de l’espace est aussi une clé pour la transmission des savoirs. Un gros travail est réalisé en ce sens, notamment dans les universités françaises.

Méka Brunel conclut sur une citation de Nelson Mandela : » Dans la vie, je ne perds jamais ; soit je gagne, soit j’apprends. »

 

 

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